Une partie des projets pour préserver ou restaurer l’environnement, limiter les dérèglements climatiques sont aujourd’hui pensés par d’anciennes puissances coloniales. Ils ont de fortes répercussions négatives sur les populations de régions anciennement colonisées.
Pour comprendre ces dérives de « l’écologie » moderne, l’association Lafi Bala a créé l’outil « L’écologie décoloniale ».

Colonialisme, néocolonialisme, décolonialité : la foire aux gros mots

Avant de se lancer dans l’animation d’un tel outil, il est nécessaire de faire le point sur ces 3 mots clés.
Le colonialisme est un « système qui préconise l’établissement et le développement de pays dépendants considérés comme sources de richesse et de puissance pour la nation colonisatrice. » (Larousse en ligne , consulté le 24/08/2026)
Le néo-colonialisme est un « ensemble de moyens économiques, militaires et diplomatiques par lesquels une puissance conserve son influence sur d’anciennes colonies. » (Dictionnaire de l’Académie française en ligne , consulté le 24/08/2026). Autrement dit, même une fois la décolonisation administrative acquise, d’autres formes d’exploitation subsistent.
Le décolonialisme est un courant de pensée né en Amérique du Sud « qui s’attache à montrer que les rapports de domination politiques, économiques et culturels établis pendant l’ère coloniale perdurent et sont favorisés par la mondialisation et l’hégémonie du modèle capitaliste. » (Dictionnaire de l’Académie française en ligne, consulté le 24/08/2026). Ce courant de pensée nous invite donc à avoir un regard critique sur les privilèges ayant survécus aux processus de décolonisation.

écologie décoloniale

Une mécanique simple et adaptable

Le but du jeu est de replacer sur une carte du monde des exemples de projets, d’actions en retrouvant dans quel(s) pays cela se passe.
En complément, il s’agit d’identifier le concept illustré par chaque exemple. Sachant qu’un même concept est illustré par plusieurs exemples, de différentes régions du monde.
Ce jeu peut donc se pratiquer avec un groupe divisé en équipe. On donne alors un ou plusieurs exemples à chaque équipe. Selon le temps dont on dispose ou la thématique que l’on veut mettre en avant, on peut aussi ajuster le nombre d’exemples avec lesquels jouer.
J’ai ainsi pu l’utiliser lors d’une formation auprès de bénévoles d’associations et de salarié·es de différentes structures. La formation portait sur l’organisation d’un événement lors du festival AlimenTERRE. J’ai donc sélectionné les exemples concernant l’agriculture.

Cet outil peut aussi s’utiliser avec du public passant. On invite alors les personnes à tenter de placer seulement un ou quelques exemples (selon le temps durant lequel elles sont prêtes à rester). Et la carte est complétée au fur et à mesure des passages. Si certaines personnes ne souhaitent pas jouer, elles peuvent simplement s’arrêter pour lire les exemples déjà placés.
C’est également pour ce format que je l’avais intégré à la formation AlimenTERRE, en suggérant qu’il soit utilisé en début de séance, avec les personnes qui attendent la projection.

Des exemples instructifs

Grâce aux exemples donnés, on découvre et on comprend mieux les concepts de colonialisme vert (A), de colonialisme financier (B), de biopiraterie (C), d’extractivisme (D), de racisme environnemental (E) et d’assimilation (F).
Les exemples donnés mêlent faits historiques et actualités.
Cela nous pousse à nous interroger sur la survivance de biais hérités de la domination coloniale, y compris dans des projets censés être positifs.

écologie décoloniale

Et vous, saurez-vous deviner à quoi correspondent les exemples suivants ?
1. L’exportation de déchets plastiques européens en Turquie.
2. Les accords de pêche conclus par l’UE avec le Sénégal pour profiter des eaux poissonneuses de ce pays.
3. 10% des terres du Libéria ont été vendues à la société dubaiotte Blue Carbon pour faire des activités de compensation carbone.
4. Les brevets déposés sur la stevia (utilisée par Coca-Cola par exemple) qui a conduit à des déplacements du peuple Guarani en Amazonie.
5. Les « homes indiens » de 1935 à 2023, dans lesquels des enfants essentiellement Amérindien·nes et Bushingué·es ont été retirés à leur familles et élevés par des missionnaires pour y apprendre le catéchisme et le français.
6. L’Accord de partenariat économique intérimaire signé entre l’Union Européenne et le Ghana : en échange de conditions favorables pour ses exportations, le Ghana s’engage à ouvrir son marché aux produits européens.
Ce dernier exemple peut d’ailleurs fait écho au film « Reclaiming cocoa », disponible dans la sélection AlimenTERRE 2026. Ce documentaire décrypte le constat suivant : le Ghana est le 2° pays producteur de cacao et pourtant le chocolat y est un produit de luxe, peu accessible y compris aux personnes qui récoltent les fèves indispensables à sa fabrication !

 

logo Région nouvelle aquitaine
Fonds Développement Vie Associative

Réponses :
1 – E ; 2 – D ; 3 – A ; 4 – C ; 5 – F ; 6 – B